Sainte Thérèse de Lisieux et saint Joseph Moscati |
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Giuseppe Samà s.j. |
Traduction par Françoise Matera |
De nos jours nous avons un très grand besoin de saints et nous devons les implorer sans cesse au Bon Dieu”. Cette affirmation de Jean Paul II nous revenait souvent à l'esprit tandis qu’en juin 1996 le train nous emmenait en pèlerinage à Lisieux, ; nous étions un petit groupe de religieux et de laïcs dévots de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et désireux d'approfondir sa voie de "l'enfance spirituelle".
De la basilique de Sainte Thérèse qui domine les vertes collines de Normandie, à l'église du Carmel et à la chapelle de l'Ermitage S.te Thérèse, où nous avons été hébergés et où se sont déroulées nos rencontres de prière et d’adoration eucharistique, nous avons pu assimiler existentiellement l'itinéraire de la sainteté de Thérèse, à travers les différentes étapes de sa croissance intérieure et de son harmonie avec la voix de l’esprit , également dans les épreuves d'un Gethsémani qu'elle a vécu avec une générosité non commune.
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A l'école de sainte Thérèse, que Pie XI a défini "Parole de Dieu", nous avons redécouvert le charme de l’enfance spirituelle qui a ses racines dans les paroles paradoxales de Jésus : "Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux" (Matteo 18,3).
Devenir "petits" pour être "grands" dans le Royaume des Cieux: "Rien de puéril ou d'affecté - comme disait Paul VI - dans cette voie enseignée par Thérèse. C'est la voie de la confiance et de l'abandon à Dieu", ou - comme écrit sainte Thérèse elle-même - "C'est dormir dans les bras de Dieu, notre père", qui veille avec un amour paternel sur nous « qui sommes appelés et sommes réellement les enfants de Dieu" (1 Jean 3,1).
C'est une vie qui, étrangère à toute forme de repos et de médiocrité, requiert une foi courageuse, un amour sans mesure et une collaboration persévérante avec notre Seigneur Jésus-Christ auquel nous devons "Jeter les fleurs de nos petits sacrifices". C'est une voie sûre qui porte à la sainteté, car le Seigneur veut que nous soyons saints. C’est Lui l’auteur de notre sainteté, c’est lui-même notre sainteté, comme le dit Thérèse dans son Acte d'Offrande à l'Amour miséricordieux: "Je désire être sainte mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu, d'être vous-même ma sainteté". Thérèse demande à Dieu d'être Celui qui aime en elle, parce que c'est avec l'amour de Dieu lui-même que nous sommes invités à aimer.
L'Amour de Thérèse pour le Christ se manifeste dans les petites choses du quotidien: "Je chanterai aussi quand je devrai cueillir les fleurs au milieu des épines et mon chant sera d’autant plus mélodieux que les épines seront longues et piquantes"(Manuscrit B, n.258) L’amour de Dieu, poussé jusqu'à l’héroïsme, inspire à notre sainte - quinze mois après l'Acte d'Offrande- ce que René Laurentin (dans son livre « Initiation à la vraie Thérèse de Lisieux ») a défini comme son "affiche" vibrante d'accents mystiques, écrite sous forme de lettre à sa soeur Marie(Manuscrit B, nn.250-254).
Dans l’âme de Thérèse , des désirs et de rêves irréalisables s’agitent et s’opposent entre eux : il semble que le Carmel ne suffise plus à son cœur tourmenté par tant de vocations.
"Je sens"– ainsi s’exprime-t-elle - la vocation du prêtre, de l’apôtre, du docteur, du martyr,[…] mon Jésus, que vas-tu répondre à toutes mes folies?"
Le Seigneur répond à Thérèse à travers la lecture de la I lettre aux Corinthiens (1 Corinthiens 12-13) dans laquelle l’apôtre Paul, après avoir comparé l’Eglise à un organisme vivant,composé de plusieurs membres avec chacun des fonctions diverses et complémentaires, ajoute qu'il existe « une voie supérieure aux autres » sans laquelle les dons les plus parfaits ne sont rien: l'Amour("agàpe").
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Thérèse exulte: "J'ai finalement trouvé ma vocation!Ma vocation c'est l'amour!Dans le coeur de l'Eglise, ma mère, je serai l'amour. Ainsi je serai tout et mon rêve sera réalisé!"
Ainsi la « petite Thérèse », en franchissant spirituellement les murs étroits du Carmel, s’est placée « dans le cœur de l’Eglise », en englobant ses besoins et ses angoisses. C’est ce qu’a voulu confirmer Pie XI la proclame - en 1927 - Patronne des Missions universelles, à l'égal du plus grand missionnaire des temps modernes: le jésuite St François Xavier.
C’est ce qu’a fait aussi Jean Paul II en la proclamant le 19 octobre 1997 Docteur de l’Eglise : un titre par lequel la valeur de sa spiritualité qui a impliqué des millions de croyants mais aussi un grand nombre de non chrétiens, a été reconnue. C’est aussi une nouvelle confirmation de la solidité et de la fécondité de sa « voie de l’enfance spirituelle », provenant directement de l’Ecriture Sainte, déjà présente dans l’Ancien Testament mais révélée pleinement par Jésus dans l’Evangile.
Mais tandis que les réflexions thérésiennes se succédaient dans la chapelle de l’Ermitage, nous ne pouvions nous empêcher de faire des comparaisons entre la petite carmélite sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et notre saint de Naples, Saint Joseph Moscati, Médecin, clinicien illustre, savant et professeur universitaire mort en 1927, à l'âge de 47 ans.
De la lecture de la correspondance de notre Saint, nous savons qu'il fut très dévot de S.te Thérèse de Lisieux, dont il avait un grand portrait dans sa chambre , qui est encore conservé dans les "Salles Moscati" de l'église du Gesù Nuovo à Naples, sous le titre de « Bienheureuse Thérèse de l’Enfant- Jésus », parce qu’il fut acheté après la Béatification qui fut rendue à Rome le 29 avril 1923, par Pio XI.
Le 18 juillet 1923 - donc peu de mois après la béatification de Thérèse- Moscati parle de signes de découragement qu'il réussit à surmonter justement après la lecture de quelques mots de Thérèse à propos de ce phénomène et rapportées dans Histoire d'une âme, à propos de ce phénomène: "Il y a quelques jours, je lisais dans l'autobiographie de la bienheureuse Thérèse de l’Enfant- Jésus, une phrase faite pour moi: "Mon Dieu, le découragement même est un péché!" "Oui, c'est un péché d'orgueil, parce qu'il me fait croire que j'ai pu accepter l'opinion de moi-même d'avoir fait de grandes choses! Lorsqu'au contraire nous n’avons toujours été que des serviteurs inutiles" (citations d'après le livre du Père A.Marranzini S.I.: "Giuseppe Moscati, modèle du chrétien laïc d’aujourd’hui, Rome 1989).
Dans une autre lettre- toujours de juillet 1923- il écrit à sa soeur: "J'ai promis à Miss Nasmyth de lui envoyer le texte français de la Bienheureuse Thérèse. Mieux encore, Nina, tu pourrais lui l'envoyer toi-même en mon nom". Ceci, parce que Moscati voulait se désobliger pour toutes les attentions que Miss Nasmyth avait eu à son égard en l’hébergeant.
De retour à Edimbourg, notre Saint profite d’un arrêt à Paris pour écrire à ses parents avec le post-scriptum suivant: "Ici, les éditions de « la vie de la Bienheureuse Thérèse "sont déjà épuisées etc… ".
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Un autre fait qui témoigne comment la spiritualité de S.te Thérèse ait pu influencer l'âme de Saint Joseph Moscati, est une lettre que le Saint écrit le 7 mars 1924. Il se rendait à Lecce presque tous les mois et là, ayant connu la fille du Notaire De Magistris, il lui avait inculqué la dévotion envers la Bienheureuse Thérèse. Ayant eu connaissance par la suite de la mort précoce de cette jeune fille, Moscati écrit à son père ces paroles très émouvantes:
"J'ai ici sur ma table, au milieu des premières fleurs printanières, le portrait de votre fille et je m'arrête un instant à méditer, pendant que je vous écris, sur la caducité des choses humaines !
La beauté, tout enchantement de la vie passe...
Seul l’amour reste éternel, origine de toute bonne oeuvre, qui est espérance et religion, qui Nous survit , parce que l'amour c'est Dieu.
Même l'amour d'ici-bas, Satan a cherché à l'infecter, mais Dieu l'a purifié à travers la mort. Mort grandiose qui n'est pas une fin, mais le commencement du sublime et du divin, au près duquel ces fleurs et la beauté ne sont rien!
Votre ange, enlevé dans ses jeunes années, comme sa chère amie, retrouvée dans les derniers jours, la Bienheureuse Thérèse, vous assiste, vous et sa maman, du Ciel".
Ces citations nous conduisent à penser que St Joseph Moscati puisait dans la dévotion à SainteThérèse de Lisieux, force et consolation pour vivre sa vie intérieure imprégnée d'une profonde union avec Dieu et de participation eucharistique.
Ses longs entretiens chaque matin avec le Seigneur dans l'église du Gesù Nuovo à Naples ou à l'église de Sainte-Claire étaient le centre de gravité de ses journées surchargées de travail et de dévouement aux malades qu'il servait et aimait comme "la figure de Jésus-Christ".
C'était l'Esprit de Jésus-Eucharistie, dont Moscati se nourrissait claque matin, qui le poussait à exercer sa profession comme "un sacerdoce des corps et des âmes".
C'est ainsi qu'il s'exprime dans une lettre de 1926: ""Heureux, nous les médecins, qui souvent sommes incapables d'éloigner une maladie, heureux serons nous si nous nous souvenons qu'au-delà des corps, nous avons devant nous des âmes immortelles, divines, que nous avons le devoir urgent d'aimer comme nous-mêmes, selon l'évangile".
Saint Joseph Moscati ne nous a pas laissé de documents écrits sur la base desquels nous pourrions reconstruire l'histoire de ses rapports intimes avec le Seigneur. Mais après sa mort, on a retrouvé un billet qui nous fait comprendre jusqu'à quel point il aimait notre Seigneur Jésus : presque un écho très fidèle de "l'amour jusqu'à la folie" de sainte Thérèse de Lisieux. Nous lisons sur ce billet du 5 juin 1922: "Mon Jésus Amour, votre amour me rend sublime; votre amour me sanctifie, me fait tourner non pas vers une seule créature, mais vers toutes les créatures, vers l'infinie beauté de tous les êtres créés à votre image et ressemblance".
Il nous semble encore entendre la voix inspirée de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, "la Sainte de l'Amour", lorsque nous lisons cette autre pensée de Saint Joseph Moscati: "Exerçons-nous chaque jour dans la Charité. N'oublions pas de faire chaque jour,et même à chaque instant, l'offrande de nos actions, accomplissant tout par amour".
Il émanait de notre Saint une telle ardeur de charité évangélique qu'elle se transforma en une germination silencieuse que Paul VI définira "i fioretti" (petites fleurs) du Professeur Moscati.
Souvent, parmi ses malades, l’un d’entre eux trouvait sous son oreiller un gros billet de banque et bien souvent c’était Moscati en personne qui se chargeait de payer les médicaments et ce qui servait aux malades.
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Pour Saint Joseph Moscati, l'Evangile de la Charité, dont il témoigne quotidiennement, est inséparable de l'Amour et du service de la Vérité, comme on peut le lire sur une petite page qu’il a écrite le 17 octobre 1922:
"Aime la Vérité, montre-toi tel quel sans feinte et sans peur, sans aucun ménagement. Et si la Vérité te vaut la persécution, toi, accepte-la, si elle te vaut le tourment, toi, supporte-la. Et si pour la Vérité, il te fallait sacrifier toi-même et ta vie, sois fort dans le sacrifice".
Cet écrit- de pure saveur évangélique- inséré dans le contexte socio-culturel dans lequel Saint Joseph Moscati vécut et oeuvra, plein de positivisme et d’incrédulité, définit son identité d’homme et de croyant : toujours prêt à combattre « la juste bataille de la foi », à suivre la voie de la vérité qu’est le Christ, qui rend les chrétiens libres et victorieux sur la mentalité du monde.
La recherche et l’amour de la vérité, à travers laquelle s’est modelée la personnalité humaine et chrétienne de Moscati, a caractérisé le style de vie personnel et communautaire de la « petite Thérèse », qui durant sa maladie répétait: "Je ne me nourris que de Vérité"(Novissima Verba). Une des dernières paroles de Thérèse- quelques heures avant sa mort, le 30 septembre 1897- est en même temps simple et vraie: "Il me semble que je n'ai jamais cherché que la Vérité; oui, j'ai compris l'humilité du coeur...".
Cette humilité - fait noter von Balthasar - se trouve sur un fil de rasoir entre l'abîme de la vérité et celui du mensonge ; l'humilité n'est pas une vertu, mais la conviction de ne pas en avoir, parce que tout vient de Dieu.
Bibliographie:
- Antonio Tripodoro s.j.: Giuseppe Moscati, il Medico Santo di Napoli, pp.270, Napoli 1993)
- Alfredo Marranzini s.j.: Giuseppe Moscati, modello del laico cristiano di oggi, pp.384, Roma 1989
- Antonio Tripodoro s.j. - Egidio Ridolfo s.j.: S.Giuseppe Moscati e il Gesù Nuovo, pp.48, Napoli 1997.
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