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Thérèse de Lisieux Pierre Descouvemont |
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Le Père Jacques Sevin - qui, au lendemain de la guerre 1914-18, a fondé les Scouts de France - était tout imprégné de la pensée de Thérèse et s'ingéniait à la faire passer dans les unités scoutes dont il était aumônier. "Il faut, disait-il, apprendre aux enfants à devenir des hommes, en apprenant aux hommes à devenir enfants".
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Cette amitié du Père Sevin avec la petite carmélite de Lisieux est une très belle histoire. Le 15 octobre 1897, quinze jours après la mort de Thérèse, Jacques Sevin, qui est élève chez les jésuites, au Collège de la Providence d'Amiens, participe à une retraite qui le marque profondément. A la veille de ses quinze ans, il se sent appelé à suivre le Christ. A 18 ans, il entre dans la Compagnie de Jésus.
Ordonné prêtre en 1914, il s'intéresse très vite à la méthode d'éducation lancée par Baden-Powell, qu'il rencontre en Angleterre dès 1913.
Après la guerre, il fonde une Compagníe de guídes (ce sont des garçons) à Mouscron dans le Nord, et participe en 1920 à la conférence qui aboutit à la création de la Fédération des Scouts de France. Le chanoine Cornette est nommé aumônier général et le père Sevin commissaire général, tandis que le président est le général Louis de Maud'hui, héros de la Grande Guerre.
On sait que le père Sevin, qui fut en France pendant quinze ans l'âme du scoutisme catholique, a écrit la plupart des chants scouts qu'on aime reprendre encore aujourd'hui (La légende du feu...).
Dès ses années de formation il lit l’Histoire d'une âme. Thérèse l'intéresse tellement que, dès 1911, alors qu'il commence sa théologie au scolasticat français d'Enghien, en Belgique, il publie dans le Messager du Coeur de Jésus un article d'une trentaine de pages intitulé "La petite Sainte de Lisieux, soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face". Il y écrit notamment que si Thérèse eut, "dans un haut degré, l'esprit d'enfance, il ne s'ensuit pas que sa sainteté fut enfantine. Sa mortification intérieure, son apostolat, sa spiritualité n'eurent rien de puéril. Et si, un jour, comme nous l'espérons, on la voit élevée sur les autels, la dévotion à soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face ne sera pas le monopole des petites filles".
Ce qui le fascine, c'est la simplicité de Thérèse, sa confiance mais, par-dessus tout, son inaltérable joie. Des attitudes d'âme qu'il fera siennes toute sa vie et qu'il essayera plus tard de faire fleurir chez tous les scouts: "Le scout est maître de soi: il sourit et chante dans les difficultés", dit le huitième article de la Loi scoute. Dans un long poème qu'il compose en 1913 en l'honneur de Thérèse, il s'exclame:
"Votre doctrine est sage et sûre votre voie,
mais il faut être franc du coeur pour y courir,
et si votre évangile est celui de la joie,
on ne le comprend bien qu'à force de souffrir…"
En juillet 1924, le Père Sevin - 41 ans - se rend en pèlerinage à Lisieux avec deux jeunes Lillois. Il veut remercier celle qui vient d'être déclarée bienheureuse par le Pape Pie XI, d'avoir guéri, au mois de mars précédent, André Noël, un jeune scout de Lille. "Nous prîmes le train à Saint-Lazare pour Mantes-la-Jolie, où nous descendîmes et nous nous mîmes en route - raconte l'un d'eux - Nous fîmes le trajet en dix étapes. Nous emportions tout sur notre dos et le Père était bìen chargé. Nous avions une petite tente pour trois... Le Père faisait admirablement bien la cuisine. Il savait allumer un feu, même avec du bois mouillé. Tous les matins nous allions célébrer la messe dans une église de village. Nous arrivâmes près de Lisieux un soir; sur une hauteur, nous avons vu la chapelle du Carmel. Le lendemain, en silence, nous sommes descendus. Après la messe, nous avons été reçus au Carmel par la soeur de Thérèse de l'Enfant-Jésus. Nous sommes restés deux jours à Lisieux."
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Au retour, le Père fonde une troupe scoute à laquelle il donne le nom et les couleurs de la Bienheureuse Thérèse de l'Enfant-Jésus. Les scouts de la IX° Lille portent désormais en effet un foulard brun et blanc, les couleurs du Carmel! Et le dimanche, 17 mai 1925 - le jour où Thérèse est canonisée - la IX° Lille, rassemblée en l'église de la Madeleine, se consacre à sainte Thérèse de Lisieux en lui disant : "Nous vous vénérons, nous vous acclamons pour notre Protectrice, notre Patronne, notre petite Reine, notre Sainte."
En août de la même année, le Père Sevin retourne en pèlerinage à Lisieux avec André Noël, le jeune miraculé. Ils vont à pied d'Evreux à Lisieux, célèbrent la Messe dans la chapelle du Carmel et prient longuement devant la châsse.
Un an avant sa mort, en 1950, le Père Sevin refera encore ce pèlerinage cher à son coeur. Peut-être reprend-il alors dans sa prière ce qu'il avait écrit dans son poème de 1913:
"Donnez-nous, quand, lassés de la route gravie,
nous ne sentirons plus que le poids de l'effort,
'Petite Sainte', avec si grand amour suivie,
la générosité de sourire à la vie
pour avoir la douceur de sourire à la mort."
Il est donc évident que la spiritualité que le Père Sevin s'efforçait de faire passer chez les Scouts de France - il fut longtemps chargé de la formation de leurs chefs - s'inspirait beaucoup de la "Petite Voie" de Thérèse et montrait volontiers que son message rejoignait en profondeur celui d'Ignace de Loyola: "Message de foi en la Providence, message de foi en l'Amour miséricordieux, message de renoncement et de détachement et leçon de Force, Force de l'Esprit-Saint, puisée dans l'Eucharistie."
Il leur rappelait souvent le passage de la prière que la IX° troupe de Lille avait prononcée le 17 mai 1925 : "Faites de nous, ô sainte Thérèse, des généreux à votre exemple et faites que nous ne puissions désormais jamais rien refuser au Bon Dieu; que nous restions toujours ses enfants simples et dociles, pleins d'abandon en sa Providence ; que par vous, surtout, reste sans tache la pureté de notre coeur, afin qu'au soir de notre vie, nous puissions comme vous sourire à la mort en remettant à Dieu nos âmes toute blanches."
Le Père Sevin encourageait notamment les scouts à ne pas avoir peur de larguer toutes leurs amarres pour suivre le Christ, à l'exemple de celle qui n'avait pas hésité à quitter le confort des Buissonnets pour entrer au Carmel. "Si nous campons, si nous faisons camper nos garçons - disait-il - ce n'est pas simplement pour les mettre en contact avec la nature, source première de toute éducation ; c'est aussi et finalement, surtout peut-être, pour leur donner et leur imprimer pour toute la vie cette mentalité de campeur, c'est-à-dire d'homme vraiment libre, indépendant du sol, des lieux et des biens, de l'homme qui ne tient à rien, pas même à sa tente, et qui, par conséquent, est toujours prêt."
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